Quand Lviv visite Paris

Exposée pour la première fois en France, cette série de photos réalisée entre 2012 et 2014 par Dolph Kessler, nous raconte Lviv, une villle au nom difficilement prononçable, située tout à l’ouest de l’Ukraine, presque à la frontière polonaise. Portés par une histoire chaotique, 700 000 habitants y vivent dans un décor riche et élégant qui rappelle celui de Paris et de Vienne mais avec un passé aussi dramatique que celui de Berlin. La richesse de son histoire politique et culturelle fait d’elle une ville particulière où la population reprend ses droits après tous les bouleversements de l’après-guerre.

Fasciné par les vieux trams de l’ère soviétique, voués à être remplacés entre autres par les nouveaux petits bus jaunes -les marshrutkas-, Dolph Kessler est allé à la rencontre de leurs passagers.

Lviv à Paris

Les passagers des trams ou des bus de Lviv y sont changés en autant de groupes, de familles, de clans, dont les portraits défileraient sous nos yeux. La lumière blanche découpe des profils à la manière de la peinture flamande. Les postures, les visages altiers ou intrigués, la neige qui balaye le paysage au dehors, la multitude intimidante des regards fixés sur nous, tout cela précipite le spectateur dans un monde clos.

Parfois, c’est un jeune soldat en uniforme dont le visage surgit dans l’angle tandis que deux poings inquiétants sont fermement agrippés à la barre, comme lors d’un interrogatoire musclé. La vitre préserve le secret autant qu’elle nous protège de l’action.

Lviv à Paris

Qui sont ces passagers? Ils semblent n’être les membres d’aucun groupe particulier, ni d’aucune famille. Ce sont juste des gens qui vont et viennent dans la ville. Leur seul point commun est d’en être les habitants. Mais habitant d’où? De Lviv? Lvov? Lwow? Leopolis? Lemberg? A-t-on jamais vu un endroit changer si souvent de nom?

Les images que Kessler prend de cette ville d’Ukraine qu’il découvre par hasard en 2012, soulèvent à peine le voile. Il y a bien ces petites églises orthodoxes devant lesquelles on vient se confesser aux beaux jours, ces synagogues à l’abandon, ces souterrains regorgeant de vieux manuscrits témoignant d’un passé faste et multiculturel. Il y a ces habitants qui conservent chez eux, comme des reliques, leurs portraits noirs et blancs d’une autre époque…

De fait, c’est bien à une interrogation sur la mémoire que cet ancienurbaniste nous convie ici. La ville qu’il nous montre est épargnée par la mondialisation commerciale à l’oeuvre partout ailleurs dans les grandes villes d’Europe. On entrevoit une cité élégante tout autant qu’un autre vestige de cette Europe post-soviétique. Ayant pour particularité de n’avoir jamais été bombardée lors de la deuxième guerre mondiale, le décor semble y demeurer sous cloche. Dès lors, comme à travers la paroi d’un aquarium, on hésite sur le vertige provoqué par tous ces regards tournés vers nous. Est-ce nous, Européens de l’ouest, qui regardons ces habitants, ou bien eux qui, à travers la vision de ce photographe venu d’ailleurs, nous interrogent sur ce que nous sommes devenus, de ce côté-là du rideau de fer…

Amaury Chardeau, Réalisateur

Galerie SIT DOWN
Exposition du 29 janvier au 28 février 2015
4, rue Sainte Anastase 75003 Paris

http://www.sitdown.fr/

Coup de coeur pour l’Ukraine

Olivier SauvayreRéalisateur français, Olivier Sauvayre se rend en Ukraine pour la première fois en 2011. Pendant 3 jours il suit un match de l’équipe de France de football à Donetsk. Il y retourne pour l’Euro 2012, toujours à Donetzk, cette fois-ci pour un mois. Séduit par l’accueil chaleureux des Ukrainiens, il décide l’été suivant avec un ami journaliste de parcourir tout pays.

C’est comme cela, petit à petit qu’il découvre le pays et que l’idée de faire des documentaires sur l’Ukraine lui vient. Depuis un an il passe sa vie entre l’Ukraine et la France.

« Je me suis rendu en Ukraine neuf fois, et compte m’y rendre au cours de ces deux prochains mois deux autres fois … encore !! Je pourrais vous parler de Kiev, de ce magnifique lever de soleil lorsque j’ai vu les escaliers Potemkine d’Odessa après un voyage en train de douze heures depuis Simferopol, ou encore de ces vignobles entre mer et montagne en Crimée (avant qu’il n’y ait eu le référendum de mars dernier), mais c’est de Lviv dont j’ai envie de parler.

Lviv et sa magnifique place Rynok, son architecture austro-hongroise, ses cafés, ses restaurants (en particulier le Mons Pius)… Il y a comme un air de Prague ou de Vienne mais pas seulement : quand je déambulais en mai dernier autour de la rue Valova ou de la rue Cathedralna, parfois je me perdais dans des cours intérieures dans lesquelles flottait un petit air d’Italie à travers le linge étendu aux fenêtres. D’ailleurs, les « babouchkas » des marchés et bazars, je les trouvais aussi malicieuses et débonnaires que les mamas italiennes des Pouilles, au Sud de l’Italie, surtout lorsqu’elles s’amusaient à m’entendre m’emmêler les pinceaux… en ukrainien!!

J’ai passé beaucoup d’heures, seul, à visiter les nombreuses églises gréco-catholiques, à flâner dans le parc Ivan Franco, en face de l’université du même nom. Amoureux de Lviv ? Oui, mais j’étais aussi amoureux dans Lviv; caméra au poing, je me laissais griser par la douce architecture de la ville, en attendant de revoir ma Lvivienne (dit-on comme ça?) que j’avais rencontrée il y a un an … à Donetsk.

La situation qui sévit actuellement dans le Donbass me pousse à y retourner prochainement dans un cadre professionnel pour un reportage télé. Je ne suis plus retourné à Donetsk depuis l’été 2013, je pense bien que je ne vais plus reconnaître Artema Street ou encore le boulevard Pouchkine. Je ne sais ce que je vais avoir à affronter comme situation, mais mon cœur sera encore à Lviv ; d’ailleurs, ce sera la destination finale de mon énième voyage en Ukraine …« 

Invité de l’Association des Cadres Ukrainiens en France, il nous parlera prochainement de son dernier documentaire.

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Les Ukrainiens : entre Est et Ouest au Printemps Français à Lviv

Balade à Lviv

Les Ukrainiens : entre Est et Ouest au Printemps Français à Lviv

vustavka_afishaAvez-vous remarqué que la distance et le temps s’efface avec des gens, des endroits, des choses qu’on aime ? A chaque fois quand je reçois une nouvelle de Lviv, mon coeur rebondi : « C’est ma ville ! »

En plus, cette fois-ci, je sais déjà que j’y serai au moment où Lviv fêtera son traditionnel Printemps Français et qu’un ami y présentera sa nouvelle exposition des photos !

Il s’appelle Cyril Horiszny, il est Français d’origine ukrainienne. Il est photojournaliste et depuis plus de 10 ans, il crée une poésie colorée en racontant les visages de l’Ukraine à travers ses images photographiques.

« Les Ukrainiens : entre Est et Ouest », ce sont des portraits de gens venant de tous les horizons.  Il n’y a pas de prétention ethnographique dans cet album. Cyril livre en toute subjectivité, une vision des Ukrainiens dans différents univers socio-culturels et professionnels. Une galerie de portraits à la fois si ressemblants et si différents. C’est un témoignage émotionnel sur l’identité à reconstruire d’une jeune nation et d’un pays qui n’a retrouvé sa liberté qu’il y a 22 ans.

La même règle est appliquée à toutes les images. Les sujets posent invariablement au centre … entre Est et Ouest.

Cette exposition aura lieu du 11 avril au 26 mai 2013 à la Galerie-restaurant « Hrouchevsky » au 28, Prospekt Chevchenka, Lviv, Ukraine.

Au plaisir de nos prochaines retrouvailles,

Julia LEV

Quelque mots sur le photographe, Cyril Horiszny

« Il voyage beaucoup et se forme en tant que photographe à Paris, à New York, à Moscou, au Canada et dans les Caraїbes mais il s’installe pour vivre en Ukraine, pays de ses grands-parents. Ce retour aux racines le mène à s’interroger sur son identité, sur l’âme d’une nation et ses réalités. Il le fait avec un regard mature et profond, aidé par sa double culture.

Attiré plus généralement par un espace post-soviétique à la fois complexe et varié, il fait des visages et des atmosphères de l’Est le leitmotiv de son œuvre photographique.

Il collabore avec la presse internationale (Le Monde, The Financial Times, Der Spiegel, VSD, Elle, Focus, La Croix…) et expose son travail dans des lieux de choix à Paris, Lyon, Madrid, Barcelone, Toronto, Stockholm, Berlin, Kiev…

Pour plus d’informations sur l’auteur : www.kyrylo.com

Lviv, l’une des plus romantiques villes d’Europe

Impatiente de revoir ma ville sous la neige des fêtes de fin d’année, j’ai envie de partager avec toi, lecteur, mon amour pour ce lieu et, qui sait, te suggérer ainsi une destination pour tes prochaines vacances. On est étonné parfois d’apprendre qu’avec une escale à Varsovie, Munich, Prague ou Vienne, elle se trouve à trois heures de vol de Paris !

Son nom Lviv est difficilement prononçable pour un Français, pourtant une fois visitée, cette « perle d’Europe » reste à toujours gravée dans son coeur.

La ville de Lviv a été fondée au XIII siècle par Danylo Galytskiy, roi de Galicie-Volhynie, sous le drapeau ruthène (ukrainien ancien). Un important carrefour commercial, culturel, scientifique de l’Europe Centrale, la cité obtient en 1356 les droits de Magdebourg ainsi que le droit de se gouverner elle-même.

Plus tard, durant sept siècles, son pouvoir changera 8 fois. La ville vivra le couronnement de plusieurs rois de Pologne, le règne de l’Empire Austro-Hongrois, l’occupation par les Soviets et enfin, depuis la chute du mur de Berlin et l’indépendance de l’Ukraine en 1991, elle redeviendra telle quelle a été imaginée – la ville oxygène, libre, européenne et ouverte au monde. Toutes les nations qui y ont vécu la considèreront pour toujours la sienne. Elle restera une ville polonaise Lwów pour les polonais, Lemberg pour les autrichiens,  Shtetl traditionnel pour les juifs. En même temps, forte de son identité, de sa culture, de ses traditions, de sa jeunesse, elle est le symbole de toute revendication nationale ukrainienne.

Son centre piéton qui traverse le quartier ruthène et relie l’ancien quartier arménien à l’ancien quartier juif, son avenue de la Liberté qui donne sur l’Opéra de Lviv, l’un des plus magnifiques d’Europe, ses multiples théâtres, son architecture qui représente le mélange des traditions ukrainiennes, italiennes, polonaises, autrichiennes, juives, son baroque tardif dansant et son Art Nouveau, tout est fait ici pour envoûter le visiteur curieux.

Plus de 1 400 cafés au centre ville vous accueillent autour d’une traditionnelle tasse de café (la boisson la plus bue de la ville, car pour ceux qui s’intéressent à l’histoire, c’est grâce à Yuriy Franz Kulczyckiy, originaire de la région, que l’Europe a goûté à son premier café), accompagnées des traditionnelles viennoiseries et du chocolat.

Les brasseries et les restaurants ne manquent pas ici non plus et la cuisine ukrainienne séduira les plus gourmands.

Ce n’est pas par hasard que les supporteurs du Championnat d’Europe 2012 qu’ils soient danois, polonais, portugais, français ou hollandais … avaient du mal à la quitter. Les yeux des Lviviennes sont-ils pour quelque chose ?

Au plaisir de vous croiser dans les rues de Lviv,

Julia LEV